Eliminatoires combinées Can/ Mondial 2010:Le Sénégal dans la crise, ses adversaires se préparent

Eliminatoires combinées Can/ Mondial 2010:Le Sénégal dans la crise, ses adversaires se préparent
Dakar, 21 mars (APS) - Alors que le football sénégalais est plongé dans une crise sans fin, deux de ses trois adversaires en éliminatoires combinées de la CAN et du Mondial 2010, l'Algérie et le Liberia, se préparent activement.



Le Fennecs, qui n'avaient pas pu se qualifier pour la CAN 2008, jouera contre la République démocratique du Congo, le 26 mars prochain en France.

Eliminée de la CAN 2008, l'équipe de l'Algérie n'avait pas arrêté sa préparation, battant (3-2) les Aigles du Mali en novembre dernier lors des dernières dates FIFA, avant la Coupe d'Afrique jouée au Ghana.

La Fédération algérienne a aussi fait appel à deux grands noms du football mondial : l'ancien sélectionneur national Ali Kermali a été choisi comme conseiller technique, alors que l'Allemand Peter Schnittger a été désigné comme Directeur technique national (DTN). Ce dernier a été entraîneur Directeur technique national (DTN) au Sénégal.

L'Algérie va se déplacer à Dakar pour son premier match contre les Lions, le 31 mai en éliminatoires de la CAN et du Mondial 2010.

L'autre adversaire des Lions, le Lone Star du Liberia dirigé par l'Allemand Antoine Hey, jouera ce week-end contre le Soudan. Le nouveau sélectionneur du Liberia a dirigé la Gambie, lors des éliminatoires de la CAN 2008.

La Gambie est la 4-ème équipe de la poule de qualification que le Sénégal partage avec l'Algérie et le Liberia.

Au Sénégal par contre, tout le monde est accroché à la décision devant venir de la Primature sur l'avenir du football national, après que la Fédération sénégalaise de football (FSF) a fait état de son incapacité à respecter la mission qui lui a été assignée.

Au total 24 des 33 membres de son Comité directeur ont démissionné, tandis que le bureau fédéral ne compte que deux vice-présidents.

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# Posté le vendredi 21 mars 2008 19:24

Sans-papiers en France : De jeunes footballeurs africains, dans la galère

Chaque année, des milliers de jeunes footballeurs quitteraient l'Afrique dans l'espoir d'intégrer un club professionnel en Europe. Trompés par des agents escrocs et encouragés par leurs familles, la quasi-totalité de ces adolescents ne voit jamais le terrain d'entraînement et se retrouve à la rue, sans-papiers et sans aucune perspective d'avenir...

SYFIA - Moussa a 15 ans quand il est repéré à Dakar par un recruteur italien. Sa famille débourse alors près de 3 000 € dans l'espoir de le voir signer un contrat avec la Juventus de Turin. Mais, le faux agent disparaît dans la nature avec l'argent. Moussa décide alors de partir en pirogue pour l'Europe. Au cours de son périple, il est abusé sexuellement. Il finit par arriver en France où il est repéré par le Paris Saint-Germain (Psg), qui, finalement, ne lui donne pas sa chance, car il est sans-papiers. Moussa se retrouve à la rue et vit de l'entraide de quelques compatriotes. A 18 ans, désormais expulsable, il est dans l'impasse.

A 18 ans, Jacques évoluait, lui, dans un club de première division au Cameroun. Un agent lui fait à ce moment-là miroiter un contrat de 10 000 € par mois pour jouer en première division au Portugal. Arrivé en 'terre promise', son salaire est divisé par trois, puis, après quelques mois, Jacques est transféré dans un autre club de deuxième division. Là, on le met à la porte et on bloque son argent. Il dort deux jours par-ci, deux jours par-là, se promenant de ville en ville avec son sac à dos. Aujourd'hui, il est lui aussi sans-papiers en France et il a dû faire la manche pour survivre.

'Ces jeunes sont détruits. Tant qu'ils sont obsédés par le foot, ils gardent espoir, mais après, certains se prostituent, d'autres deviennent dealers. Une fois, j'ai été appelé à 2 h du matin par un jeune qui voulait me vendre une Mercedes volée...', raconte Jean-Claude Mbvoumin, ex-international camerounais. En 2000, cet ancien professionnel, 'halluciné' par ces histoires véridiques auxquelles il avait déjà été confronté au cours de sa carrière en Europe, crée Culture foot solidaire. En France, destination favorite de ces jeunes, l'association a, ces dernières années, écouté, dépanné et orienté plus de 850 footballeurs mineurs, originaires pour la plupart de Côte d'Ivoire, du Sénégal et du Cameroun.

C'est au début des années 90, quand les salaires des meilleurs du continent qui évoluaient en Occident ont été rendus publics, que les jeunes ont commencé à partir. Depuis, l'exode a pris de l'ampleur. En 2003, chaque fédération africaine délivrait en moyenne entre 500 et 1 000 lettres de sortie par an, mais beaucoup de jeunes partent désormais sans ce document. 'Les stars africaines sont de plus en plus nombreuses en Europe. Du coup, les familles, qui ne disposent d'aucune autre information, cherchent à y envoyer leurs enfants. C'est une forme d'exploitation', observe Jean-Claude.

Les parents ne sont pas seuls en cause. Une foule d'intermédiaires profite de leur naïveté. Il y a d'abord les faux managers africains ou européens (ex-entraîneurs, avocats, dirigeants, anciens joueurs) qui expliquent aux parents que leur enfant 'a des qualités' et qu'il faut lui faire établir un passeport et fournir le billet d'avion, généralement à un prix exorbitant (entre 2 000 et 4 000 €). 'Dès que vous commencez à payer, vous êtes morts', avertit Roméo Tchouta, membre de Culture foot solidaire à Lyon. Grâce à des complices au sein de différentes fédérations africaines et d'ambassades européennes, obtenir rapidement un visa court séjour ne serait ensuite qu'une formalité.

Seul en Europe, il est très difficile pour l'adolescent de faire marche arrière, même si, des stars, comme le Camerounais Samuel Eto'o fils, ont eux eu la sagesse de revenir s'aguerrir au pays quand les clubs pros qui leur avaient fait passer des essais, ont finalement choisi de ne pas les retenir dans leurs effectifs... 'En France, ces jeunes, qui représentent un investissement pour toute la famille, ont tellement honte qu'ils ne racontent jamais leurs galères. Je me souviens d'un Ivoirien qui avait acheté un maillot à la boutique du Psg sur lequel il avait mis son nom, puis l'avait envoyé à sa famille...', raconte Roméo. 'Sur 100 qui partent, 99 échouent. Et pour cause, sur 100 propositions, seule une est généralement vraie !', poursuit-il. Prisonniers de leurs propres mensonges, les jeunes perdent pied et leurs familles perdent tout contact avec eux...

Certains clubs professionnels européens sont parfois directement responsables de ces situations. 'Une forme d'esclavagisme s'est installée', reconnaît Robert Beroud, le directeur pédagogique de la section amateur de l'Olympique lyonnais (Ol). 'Nous n'avons pas le droit de prendre des étrangers avant 18 ans (article 19 du Règlement du statut et du transfert des joueurs de la Fédération internationale de football association, Ndlr), rappelle-t-il, mais je me souviens d'un gosse de 16 ans pour lequel un agent essayait de trouver un club. Nous l'avons refusé, mais un autre club professionnel a eu moins de scrupules...'

Au centre de formation du Rc Strasbourg (RCS), Jean-Marc Kuentz reçoit chaque mois une vingtaine de candidatures spontanées de jeunes ou de leurs agents. 'C'est impossible d'estimer la valeur d'un joueur sur un courrier. Pour éviter les ambiguïtés, nous ne donnons pas suite non plus quand nous ne connaissons pas les agents qui nous sollicitent. Les jeunes feraient mieux de passer par des académies reconnues en Afrique qui organisent régulièrement des détections auxquelles nos recruteurs assistent', conseille le directeur technique.

Soucieux de recruter des jeunes familiarisés avec leurs méthodes de travail, le Rcs, l'Ol et d'autres envisagent de créer dans certains pays africains leurs propres académies ou, à défaut, de renforcer leurs relais sur place. Culture foot solidaire milite, elle, pour la création, en Afrique, de compétitions officielles dans toutes les catégories d'âge.

En mars 2007, le Parlement européen a adopté le rapport Belet qui reprend plusieurs recommandations de l'association : élaboration d'une charte européenne engageant les signataires à respecter les bonnes pratiques en ce qui concerne la découverte, le recrutement, l'accueil et, en cas d'essai non concluant, le retour de jeunes footballeurs étrangers ; création d'un fonds de solidarité pour financer des programmes de prévention dans les pays les plus touchés ; renforcement de la protection des mineurs, etc. L'Association des ligues européennes professionnelles de football (Epfl) a manifesté son intérêt, mais pour l'heure, aucun engagement contraignant n'a été pris.

Une partie de la solution pourrait venir d'anciens professionnels qui connaissent les besoins des clubs occidentaux et ceux de leurs pays d'origine. Equato-Guinéen, Boris King Moussambani Ebodo, qui a joué en France, en Allemagne, en Autriche, en Chine et en Israël et a vu bon nombre de talents 'ne jamais revenir au pays et terminer clochards à Paris', envisage par exemple de créer une académie sur sa terre ancestrale pour former au foot, mais aussi préparer à un métier les jeunes : 'Le foot ne doit pas être une acrobatie sans filet. Avec plus d'expérience, un vrai contrat entre les mains et une structure d'accueil sûre, ils auront plus de chances de réussir. Et si ça ne marche pas, ils pourront rebondir en tant qu'hommes et transmettre au pays leurs connaissances.'

Un message qui rappelle celui d'un autre grand frère, Roger Milla, qui ne rate jamais une occasion de conseiller aux jeunes de 'd'abord prouver ce qu'ils valent en Afrique avant de risquer l'aventure en Europe'.

*Les prénoms des jeunes ont été modifiés.
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# Posté le samedi 22 mars 2008 14:58

ENTRETIEN AVEC.. Malickou Diakhaté, sur la crise du football sénégalais: « ça parle beaucoup,mais ça n'agit pas !»

Sa blessure intervenue le 11 novembre 2007, soit à deux mois du début de la Can 2008, avait jeté la consternation dans la Tanière. La faute à une méchante fracture à l'épaule qui s'était réveillée. Depuis, Pape Malickou Diakhaté qui a suivi ses séances de rééducation au Sud de la France, précisément à St-Raphäel, rongeait son frein, en attendant de retrouver son club et les terrains. C'est chose faite depuis dimanche 2 mars. Un retour marqué par une victoire, rééditée le week-end dernier et qui permet à son équipe, le Dynamo Kiev, classé deuxième, de revenir à 5 points du leader, le Shakhtar Donetsk, à 10 journées de la fin. Actualité oblige, avec le défenseur international, qui a joué son dernier match avec les Lions le 17 juin 2007 (contre le Mozambique 0-0 à Maputo), et qui a déjà deux matches dans les jambes, nous avons évoqué la crise qui secoue actuellement le football sénégalais et les dégâts collatéraux liés à la récente démission des membres de la Fédération sénégalaise de football et de leur président. Avec Malickou, nous sommes revenus dans la même foulée sur les causes de la déroute des Lions à la Can ghanéenne, et sur l'avenir de l'Equipe nationale, qui vient de perdre une date-Fifa, et dont les perspectives sont sombres, à deux mois de son match contre l'Algérie à Dakar (31 mai), comptant pour la première journée des éliminatoires de la Can-Mondial 2010.

Malickou, on devine votre joie après avoir retrouvé les terrains, suite à une longue absence.

Ah ça, c'est sûr ! Vraiment je suis heureux de retrouver la compétition, mon club et mes coéquipiers. Je suis d'autant plus content que cela faisait plus de 3 mois que je n'avais pas joué. Et, en plus, je suis bien revenu pour avoir gagné mes deux premiers matches. Ce qui nous permet de consolider notre position de 2e au classement, qui est qualificative pour les préliminaires de la Ligue des Champions. Donc, je pense que c'était bien de revenir et de reprendre la compétition.

Cette fois-ci, le terrain n'était pas glissant.

(Rire) Ah ! je sais que vous voulez me chambrer, car c'est vrai que ma dernière blessure fait suite à une glissade. Mais rassurez-vous, cette fois-ci le terrain était nickel. C'était jouable. C'est vrai qu'ici il pleut et il neige tout le temps. Mais on s'y met, on s'y fait. Je suis bien revenu.

Je suis en pleine forme. Je ne ressens plus de douleur. Mais, il faut savoir que j'ai fait une bonne rééducation.

Oui justement, revenons sur les conditions de votre rééducation. Comment ça s'est passé ?

Très bien. Ma rééducation, je l'ai faite au Sud de la France à St Raphael, près de Toulon. Mes séances débutaient le matin à 8h (7h Gmt) pour se terminer à 17h 30. J'avais des heures assez favorables pour suivre la Can et partager l'ambiance familiale avec mon épouse, mon enfant. J'ai quitté la France le 1er février pour rentrer à Kiev le 2 février. Et j'ai officiellement repris dimanche 2 mars.

Mentalement, il fallait être très fort, si on sait qu'au même moment vous étiez obligé de regarder la Can à travers la Télévision...

C'est vrai que ce n'était pas facile. Mentalement, il fallait être blindé. Et sur ce plan, j'avais le soutien de ma famille, mes parents, mes amis et mes dirigeants. J'ai beaucoup pensé à la Can que je voulais vraiment jouer coûte que coûte. Mais Dieu en a décidé ainsi. Mais comme je l'ai dit tantôt, j'ai bien suivi les matches et je n'ai raté aucun.

La transition est donc vite trouvée pour parler de la contre-performance des Lions à la Can. Comment avez-vous accueilli cette élimination ?

Avec beaucoup de déception, beaucoup de tristesse. Disons que j'étais vraiment surpris.

Pourquoi ?

Mais parce que je me disais qu'on avait le potentiel, l'effectif qu'il fallait pour gagner cette Can. Mais je n'ai pas compris. Il y a des choses qui se sont passées. Mais vous comprendrez que je ne puisse m'étendre sur certaines questions, du moment où je n'étais pas au Ghana.

Mais vous avez vu les images à la télé. Comment analysez-vous concrètement l'élimination des Lions ?

Ecoutez, je pense qu'il n'y avait pas cette hargne, cette détermination qui faisait la force de l'équipe. Il y avait une certaine passivité à tous les matches que nous avons joués. Qu'est-ce qui s'est passé ? Je ne sais pas. Mais j'ai senti qu'il y a des choses qui n'allaient pas. Mais vraiment il y a des choses que je n'ai pas comprises...

Comme la démission du coach, Henryk Kasperczak ?

J'ai appris sa démission en pleine Can avec surprise. Pour moi, c'était un bon entraîneur.

Il y a eu aussi celle du président Mbaye Ndoye et une bonne partie des membres du Comité Directeur.

Si ça continue comme ça, je crains le pire. Car, avec un tel désordre, on fonce tout droit vers le mur. Si à chaque fois qu'il y a échec, on vire tout le monde, ça devient grave. Il faut se donner du temps. Il y a du temps pour tout.

Même l'Equipe nationale n'est pas épargnée dans cette crise, avec cette date-Fifa (26 mars) que nous venons de perdre.

C'est dommage quand on voit que toutes les autres équipes jouent et se préparent. Et cela est d'autant plus inquiétant que d'ici notre match contre l'Algérie (31 mai à Dakar), il n'y a plus de date-Fifa. C'est vraiment regrettable. On parle beaucoup mais rien n'est fait. C'est bien de critiquer à la Radio et à la Télévision, mais il faut qu'on arrête de parler. ça parle beaucoup et ça n'agit pas !

L'avenir est en tout cas sombre pour le football sénégalais, mais il faudra l'éclaircir.

Mais bien sûr. En ce moment, c'est tout le football sénégalais qui va mal. C'est tout le football sénégalais qui est malade. Et Il faudra y remédier le plus rapidement possible. Il y a des choses qui se sont passées. Maintenant, il faut vite tourner la page et se projeter sur l'avenir. Il faut mettre tout ça de côté et être positif, tout en analysant les points négatifs. Il faut maintenant aller de l'avant, mettre tout ça de côté et penser football.

Avec ce qui s'est passé à la Can, vous pensez que l'équipe peut rebondir ?

Je le pense sincèrement. Parce qu'on a le potentiel, il y a de bons joueurs, il y a un bon entraîneur qui est là, c'est Lamine (Ndiaye). Si on le laisse travailler dans le temps. On peut aller de l'avant.

Vous êtes donc d'accord que Lamine soit maintenu ?

Pourquoi pas ! Il connaît bien le football, Il est respecté ailleurs qu'au Sénégal. Précisément au Cameroun, qui est un grand pays de football, où il a fait ses preuves. Pourquoi aller chercher un autre. Il connaît bien le groupe. C'est un homme qui a des valeurs. Il faut le laisser travailler.

vSur le plan personnel, vous êtes toujours disponible pour jouer avec les Lions ?

Comme je l'ai toujours dit, je suis toujours disponible pour l'Equipe nationale. Maintenant je pense qu'il y a des choses qui se sont passées, et il va falloir en parler à tête reposée. Retenir les leçons sur ce qui n'a pas marché, afin de repartir du bon pied. Continuer le travail, faire en sorte que joueurs et entraîneurs travaillent dans la sérénité. Il faut aussi que l'unité revienne dans la famille du football. C'est très important.

Votre avenir avec le Dynamo de Kiev, il est comment ?

Franchement, ça va. Je me plais bien ici à Kiev. Je suis bien avec les dirigeants et mon nouveau coach. C'est l'ancien entraîneur du Locomotive de Moscou. Il est arrivé avec plein d'ambition, il aime le beau jeu. Vraiment ça se passe bien. On va essayer de s'accrocher jusqu'au bout pour jouer la Ligue des champions.

N'avez-vous pas envie de changer d'air ?

C'est vrai que j'y pense de temps en temps. Il faut savoir que je ne manque pas de contacts. Je suis en effet en contact avec certains clubs que je ne vais pas citer. Je vais voir avec mon président et mon manager au cas où les choses se précisent.

On peut s'attendre à ce que vous retourniez en France.

Non pas en France, mais probablement en Angleterre où je suis en contact avec certains clubs.

Lesquels ?

Ne soyez pas pressé. Patience (rire)
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# Posté le samedi 22 mars 2008 15:01

Sans-papiers en France : De jeunes footballeurs africains, dans la galère

Chaque année, des milliers de jeunes footballeurs quitteraient l'Afrique dans l'espoir d'intégrer un club professionnel en Europe. Trompés par des agents escrocs et encouragés par leurs familles, la quasi-totalité de ces adolescents ne voit jamais le terrain d'entraînement et se retrouve à la rue, sans-papiers et sans aucune perspective d'avenir...


SYFIA - Moussa a 15 ans quand il est repéré à Dakar par un recruteur italien. Sa famille débourse alors près de 3 000 € dans l'espoir de le voir signer un contrat avec la Juventus de Turin. Mais, le faux agent disparaît dans la nature avec l'argent. Moussa décide alors de partir en pirogue pour l'Europe. Au cours de son périple, il est abusé sexuellement. Il finit par arriver en France où il est repéré par le Paris Saint-Germain (Psg), qui, finalement, ne lui donne pas sa chance, car il est sans-papiers. Moussa se retrouve à la rue et vit de l'entraide de quelques compatriotes. A 18 ans, désormais expulsable, il est dans l'impasse.

A 18 ans, Jacques évoluait, lui, dans un club de première division au Cameroun. Un agent lui fait à ce moment-là miroiter un contrat de 10 000 € par mois pour jouer en première division au Portugal. Arrivé en 'terre promise', son salaire est divisé par trois, puis, après quelques mois, Jacques est transféré dans un autre club de deuxième division. Là, on le met à la porte et on bloque son argent. Il dort deux jours par-ci, deux jours par-là, se promenant de ville en ville avec son sac à dos. Aujourd'hui, il est lui aussi sans-papiers en France et il a dû faire la manche pour survivre.

'Ces jeunes sont détruits. Tant qu'ils sont obsédés par le foot, ils gardent espoir, mais après, certains se prostituent, d'autres deviennent dealers. Une fois, j'ai été appelé à 2 h du matin par un jeune qui voulait me vendre une Mercedes volée...', raconte Jean-Claude Mbvoumin, ex-international camerounais. En 2000, cet ancien professionnel, 'halluciné' par ces histoires véridiques auxquelles il avait déjà été confronté au cours de sa carrière en Europe, crée Culture foot solidaire. En France, destination favorite de ces jeunes, l'association a, ces dernières années, écouté, dépanné et orienté plus de 850 footballeurs mineurs, originaires pour la plupart de Côte d'Ivoire, du Sénégal et du Cameroun.

C'est au début des années 90, quand les salaires des meilleurs du continent qui évoluaient en Occident ont été rendus publics, que les jeunes ont commencé à partir. Depuis, l'exode a pris de l'ampleur. En 2003, chaque fédération africaine délivrait en moyenne entre 500 et 1 000 lettres de sortie par an, mais beaucoup de jeunes partent désormais sans ce document. 'Les stars africaines sont de plus en plus nombreuses en Europe. Du coup, les familles, qui ne disposent d'aucune autre information, cherchent à y envoyer leurs enfants. C'est une forme d'exploitation', observe Jean-Claude.

Les parents ne sont pas seuls en cause. Une foule d'intermédiaires profite de leur naïveté. Il y a d'abord les faux managers africains ou européens (ex-entraîneurs, avocats, dirigeants, anciens joueurs) qui expliquent aux parents que leur enfant 'a des qualités' et qu'il faut lui faire établir un passeport et fournir le billet d'avion, généralement à un prix exorbitant (entre 2 000 et 4 000 €). 'Dès que vous commencez à payer, vous êtes morts', avertit Roméo Tchouta, membre de Culture foot solidaire à Lyon. Grâce à des complices au sein de différentes fédérations africaines et d'ambassades européennes, obtenir rapidement un visa court séjour ne serait ensuite qu'une formalité.

Seul en Europe, il est très difficile pour l'adolescent de faire marche arrière, même si, des stars, comme le Camerounais Samuel Eto'o fils, ont eux eu la sagesse de revenir s'aguerrir au pays quand les clubs pros qui leur avaient fait passer des essais, ont finalement choisi de ne pas les retenir dans leurs effectifs... 'En France, ces jeunes, qui représentent un investissement pour toute la famille, ont tellement honte qu'ils ne racontent jamais leurs galères. Je me souviens d'un Ivoirien qui avait acheté un maillot à la boutique du Psg sur lequel il avait mis son nom, puis l'avait envoyé à sa famille...', raconte Roméo. 'Sur 100 qui partent, 99 échouent. Et pour cause, sur 100 propositions, seule une est généralement vraie !', poursuit-il. Prisonniers de leurs propres mensonges, les jeunes perdent pied et leurs familles perdent tout contact avec eux...

Certains clubs professionnels européens sont parfois directement responsables de ces situations. 'Une forme d'esclavagisme s'est installée', reconnaît Robert Beroud, le directeur pédagogique de la section amateur de l'Olympique lyonnais (Ol). 'Nous n'avons pas le droit de prendre des étrangers avant 18 ans (article 19 du Règlement du statut et du transfert des joueurs de la Fédération internationale de football association, Ndlr), rappelle-t-il, mais je me souviens d'un gosse de 16 ans pour lequel un agent essayait de trouver un club. Nous l'avons refusé, mais un autre club professionnel a eu moins de scrupules...'

Au centre de formation du Rc Strasbourg (RCS), Jean-Marc Kuentz reçoit chaque mois une vingtaine de candidatures spontanées de jeunes ou de leurs agents. 'C'est impossible d'estimer la valeur d'un joueur sur un courrier. Pour éviter les ambiguïtés, nous ne donnons pas suite non plus quand nous ne connaissons pas les agents qui nous sollicitent. Les jeunes feraient mieux de passer par des académies reconnues en Afrique qui organisent régulièrement des détections auxquelles nos recruteurs assistent', conseille le directeur technique.

Soucieux de recruter des jeunes familiarisés avec leurs méthodes de travail, le Rcs, l'Ol et d'autres envisagent de créer dans certains pays africains leurs propres académies ou, à défaut, de renforcer leurs relais sur place. Culture foot solidaire milite, elle, pour la création, en Afrique, de compétitions officielles dans toutes les catégories d'âge.

En mars 2007, le Parlement européen a adopté le rapport Belet qui reprend plusieurs recommandations de l'association : élaboration d'une charte européenne engageant les signataires à respecter les bonnes pratiques en ce qui concerne la découverte, le recrutement, l'accueil et, en cas d'essai non concluant, le retour de jeunes footballeurs étrangers ; création d'un fonds de solidarité pour financer des programmes de prévention dans les pays les plus touchés ; renforcement de la protection des mineurs, etc. L'Association des ligues européennes professionnelles de football (Epfl) a manifesté son intérêt, mais pour l'heure, aucun engagement contraignant n'a été pris.

Une partie de la solution pourrait venir d'anciens professionnels qui connaissent les besoins des clubs occidentaux et ceux de leurs pays d'origine. Equato-Guinéen, Boris King Moussambani Ebodo, qui a joué en France, en Allemagne, en Autriche, en Chine et en Israël et a vu bon nombre de talents 'ne jamais revenir au pays et terminer clochards à Paris', envisage par exemple de créer une académie sur sa terre ancestrale pour former au foot, mais aussi préparer à un métier les jeunes : 'Le foot ne doit pas être une acrobatie sans filet. Avec plus d'expérience, un vrai contrat entre les mains et une structure d'accueil sûre, ils auront plus de chances de réussir. Et si ça ne marche pas, ils pourront rebondir en tant qu'hommes et transmettre au pays leurs connaissances.'

Un message qui rappelle celui d'un autre grand frère, Roger Milla, qui ne rate jamais une occasion de conseiller aux jeunes de 'd'abord prouver ce qu'ils valent en Afrique avant de risquer l'aventure en Europe'.

*Les prénoms des jeunes ont été modifiés.



Auteur: Emmanuel de Solère STINTZY

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# Posté le mardi 25 mars 2008 15:25

Youssou N'Dour : "Le football rassemble"

Youssou N’Dour : "Le football rassemble"
Youssou N'Dour fait sans doute partie des artistes les plus connus au monde. Le célèbre chanteur sénégalais, récompensé par un Grammy Award, a multiplié les succès tout au long de sa carrière. Ses compositions aux côtés de musiciens reconnus comme Peter Gabriel ou Wyclef Jean sont encore dans toutes les têtes. En 1994, le tube "7 Seconds", interprété en duo avec la Suédoise Neneh Cherry, s'installe pour de longues semaines en tête des hit-parades du monde entier.

Parallèlement à ses activités musicales, N'Dour s'est engagé depuis de nombreuses années sur le terrain social en finançant divers projets. Au fil des ans, il s'est également associé à diverses œuvres caritatives : les concerts Live-8, la lutte contre la malaria avec la tournée "Africa Live" ou encore la campagne "Ta voix contre la pauvreté". On le retrouve fréquemment aux côtés d'Amnesty International, des Nations Unies ou de l'UNICEF afin de lutter pour de grandes causes.

Mais le football n'est pas totalement étranger à la renommée internationale de cet artiste hors du commun. A l'occasion de la Coupe du Monde de la FIFA, France 1998, il interprète la chanson officielle de la compétition, "La Cour des Grands", en duo avec Axelle Red. Ce mardi 25 mars, Youssou N'Dour était en visite au Siège de la FIFA de Zurich pour y rencontrer Joseph S. Blatter. FIFA.com est allé recueillir ses impressions à l'issue de cet entretien.

Monsieur N'Dour, qu'est-ce qui vous amène ici ?
Deux choses. En premier lieu, ma tournée européenne. En effet, je suis ce soir en concert à Zurich. Mais également le grand honneur d'avoir été reçu à la Maison de la FIFA par le Président Joseph S. Blatter en personne. C'est une bonne nouvelle, car je souhaitais faire part à la FIFA de certaines idées concernant la Coupe du Monde 2010 en Afrique du Sud. Entre le football et la musique, nous disposons de deux superbes outils pour rassembler les gens et réaliser de grandes choses sur le plan social. J'ai amené avec moi quelques idées concernant des projets un peu différents dont j'ai pu discuter avec M. Blatter.

Tout le monde se souvient de la chanson officielle de la Coupe du Monde de la FIFA 1998. Mais, vous-même, êtes-vous un passionné de football ?
Je suis un fan de football. Ce sport possède un pouvoir unique, celui de rassembler des personnes venues d'horizons très divers autour d'une même passion. Lorsqu'on m'a demandé si je voulais chanter la chanson officielle de France 98, j'étais comme un fou ! Le football et la musique sont mes deux passions. J'avais toujours rêvé d'assister à un match de Coupe du Monde. Après avoir reçu cet appel, je crois bien avoir pleuré de joie. Je suis extrêmement reconnaissant à la FIFA de m'avoir offert une telle opportunité. Je sais aussi que la FIFA s'est engagée dans de nombreux projets à vocation sociale et j'aimerais moi aussi apporter ma pierre à l'édifice.

Quel souvenir gardez-vous des concerts organisés lors de la Coupe du Monde de la FIFA 1998 ?
C'était magnifique. Lorsque j'ai chanté pour le match d'ouverture, j'ai eu l'impression de représenter mon pays. Le Sénégal n'était pas qualifié mais, grâce à moi, il a tout de même participé à la fête. Sans doute ai-je fait office de porte-bonheur car, en 2002, le Sénégal fut l'une des révélations du tournoi. Voilà ce dont je me souviens lorsque je repense à 1998.

Quel est votre plus beau souvenir en football ?
Sans hésiter, la Coupe du Monde 2002. Je m'étais levé à 5 heures du matin pour assister au match d'ouverture contre la France. Je me rappelle encore de la joie que j'ai ressentie au coup de sifflet final. Je crois que tous les Sénégalais étaient euphoriques, même le président de la république ! C'était incroyable. Le lendemain, j'avais un concert à Madrid. Ce n'est qu'en voyant les gros titres dans les journaux et à la télévision que j'ai vraiment pris conscience de l'ampleur de l'événement. Même le douanier à l'aéroport m'a dit : "Bravo, le Sénégal !" Incroyable !

Avez-vous un joueur favori ?
La première fois que j'ai vraiment suivi une Coupe du Monde, c'était en 1978. C'était un véritable événement, car tous les matches étaient retransmis à la télévision au Sénégal, ce qui n'était pas le cas auparavant. C'était une expérience unique. Le joueur qui m'a le plus marqué était sans doute Diego Maradona. Il n'a pas eu la fin de carrière qu'il méritait, mais il reste l'un de mes joueurs favoris. J'ai aussi beaucoup aimé Zinédine Zidane, George Weah ou encore Michel Platini. Tous ces footballeurs étaient de grands champions, chacun dans son style et à son époque.

Le Sénégal a été éliminé dès le premier tour de la Coupe d'Afrique des Nations, Ghana 2008. Comment vos compatriotes ont-ils vécu cet échec ?
La déception était immense et je crois que le pays ne s'en est pas encore complètement remis. Quel dommage que tous les efforts consentis par nos joueurs n'aient pas été payants ! Maintenant, il faut oublier ce triste épisode et nous concentrer sur l'avenir. Il faut que les Sénégalais se rassemblent derrière leur équipe pour l'aider à progresser. Après notre échec au Ghana, il faut relever la tête pour retrouver des résultats plus conformes à notre rang.

Dans les éliminatoires de la Coupe du Monde de la FIFA, Afrique du Sud 2010, le Sénégal a été versé dans le groupe de l'Algérie, du Liberia et de la Gambie. Quelles sont vos chances, selon vous ?
C'est un groupe difficile, mais tout est possible. Sur le papier, le Sénégal est évidemment favori. Cependant, nous allons devoir très vite sortir de cette mauvaise passe, si nous voulons assurer notre qualification.

Pour la première fois en 2010, la Coupe du Monde de la FIFA se disputera sur le sol africain. Est-ce une échéance importante pour ce continent ?
C'est un événement formidable et très excitant. Il faut remercier la FIFA et le Président Blatter pour ce merveilleux cadeau. De mon côté, j'espère qu'une équipe africaine remportera la finale, même si la compétition s'annonce très difficile. Nos représentants vont devoir travailler encore plus dur pour avoir une chance de remporter cette première Coupe du Monde africaine.
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# Posté le jeudi 27 mars 2008 20:36